EMBRACE THE BLISS OF HUMDRUM DAYS
avec
Chu Teh-Chun, Jack Dunnett, Ellande Jaureguiberry,
Héloïse Piraud et Pierre Seinturier.
En collaboration avec
la galerie 22,48 m2, la galerie Lefebvre & fils,
la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois,
La sérénité qui émane des espaces délicats aux allures minimalistes de cet ancien hôtel particulier, repensés par l’architecte japonaise Mio Shibuya, notamment « la secret room » avec ses angles arrondis, évoquant un sanctuaire, mais aussi l’escalier reliant les deux niveaux, également tout en courbes, a inspiré l’exposition à l’esthétique composite que j’ai imaginée, ici. Elle se veut une célébration des petits moments ordinaires du quotidien en tant qu’instants précieux, et convoque ainsi un certain romantisme désuet.
Sous leur apparente sobriété, les peintures et sculptures choisies nous livrent l’image à la fois familière et désirable d’espaces intimes ou de références culturelles englouties issus d’une universalité entendue, et nous font perdre la notion du temps pour l’inscrire dans notre histoire personnelle.
Il y est question de sentiment, de nostalgie, de solitude, de sensualité, d’ennui, d’évasion, parfois d'amour.
Les œuvres de Jack Dunnett, exclusivement des formats confidentiels, représentent la condition humaine dans sa diversité à travers une source narrative multiple, influencée par la culture pop, le symbolisme, les archétypes. Des mini-récits indéfinis aux nombreuses racines. Le monde qu’ils décrivent semble dépassé par son innocence et sa quiétude. Pourtant, de ces lieux surgissent des essences qu’il nous plaît de reconnaître. Ni abstraits, ni figuratifs, les champs colorés se déploient dans un langage poétique et ressemblent à son auteur, pudique. Exprimant une intimité et nous ramenant à l’échelle de l’humain, ces pépites picturales presque silencieuses, finissent par se livrer. L’humble ambiance et l’élégante délicatesse qui s’en dégagent nous interpellent et nous ramènent au calme.
Telles des énigmes protéiformes, les œuvres d’Ellande Jaureguiberry se mettent en scène façon trompe-l'œil, et proposent des lectures tout à fait insolites de notre réalité en y mêlant différents registres. Par le dessin ou la sculpture, en imaginant ces objets rêvés à la forme mouvante composés d’ornements — motifs égyptiens, médiévaux, Art nouveau, mauresques ou empruntés à la science-fiction —, auxquels sont discrètement ajoutés des symboles sexuels, l’artiste semble évoquer des chemins de vie et le temps qui passe. Les matériaux bruts à la texture presque diaphane et aux pigments tendres de la palette des couleurs pastel nous entraînent dans un paysage sensible à l’infinie onctuosité où règne une certaine Félicité.
Les animaux font partie de la cartographie de notre quotidien. Le travail de céramiste d’Héloïse Piraud explore à propos le lien perceptuel entre les êtres humains et les animaux, et s’articule autour de récits universels forts corrélés à des situations historiques allant de l'Antiquité à nos jours, suscitant l’émerveillement. Qu’il s’agisse de la représentation réinventée d’une chimère mythologique, combinant des éléments de différentes créatures, ou d’un objet de décoration plus usuel reconsidéré, tout se joue autour de la sobriété du matériau utilisé et de son incarnation symbolique : La terre, qui façonnée dans des formes arrondies à l’aspect tactile associées à des teintes plutôt froides, fait ressurgir dans notre inconscient notre quête de simplicité, et aborde parallèlement les thèmes de l’impermanence et de la métamorphose.
Infailliblement, la lumière est au cœur des peintures de Pierre Seinturier. Elle rythme ses compositions à la dimension émotionnelle forte, fruit de l’atmosphère introspective qu’il a su créer. On y reconnait cette architecture quasi obsessionnelle si distinctive faite de décors cadrés au trait noir ardent, et aux ambiances mystérieuses où l’apparition humaine s’avère fugitive et tout juste échappée d’environnements inspirés de voyages, de rêves ou encore de fantasmes. Comme une madeleine de Proust, chaque œuvre devient une porte ouverte vers un souvenir enfoui ou une douceur de vivre que l’on croyait oubliée, condensés en une seule image aux teintes vibrantes et évocatrices.
En contrepoint de ces quatre jeunes artistes, et en lien avec l’ADN de la galerie, j’ai souhaité exposer une œuvre une œuvre de l’artiste franco-chinois Chu Teh-Chun, maitre inclassable et mondialement reconnu de l’abstraction gestuelle, dont les polychromies subtiles nous enveloppent de leurs effets de clairs-obscurs contrastés en créant une fascinante illusion de transparence. Des évocations à la nature, des ciels orageux, des champs aquatiques, des trouées rougeoyantes, des jaillissements de blancs dans un doux chaos de couleurs vaporeuses. Cette composition lyrique et sensorielle suggère un tout autre monde propice à l’introspection et d’une grande profondeur spirituelle, nous rappelant ainsi l’importance de préserver nos petits instants de vie comme des trésors bien que souvent perçus comme anodins.