La galerie Le Clézio, qui a ouvert en novembre 2024, rue du Faubourg Saint-Honoré, présente des oeuvres d’Aiko Miyanaga, exposées pour la première fois en France. Ses productions ouvrent des possibles par des sculptures en verre, à partir de moules retrouvés dans des malles, qui en quelque sorte dialoguent avec le céramiste de grande renommée, Tozan Miyanaga, son arrière grand-père, des expérimentations étonnantes avec de la naphtaline qui sont appelées à disparaître et des questionnements sur l’impermanence.

L’exposition propose le début d’une narration, celle d’un oubli.
Depuis son enfance, Aiko Miyanaga a toujours observé dans le silence absolu de son atelier familial, des caisses à pommes en bois sans jamais osé y toucher. Elle y découvre, en 2020, des « rondes de moules » (des moules en plâtre de Sèvres en deux parties) créées par son arrière-grand-père Tozan Miyanaga, premier du nom, l’un des coordinateurs de l’exposition du Pavillon du Japon, pendant l’Exposition Universelle de Paris, en 1900.
Aiko Miyanaga coule alors du verre dans ces moules historiques cherchant à redonner vie aux formes endormies comme le « Lapin, au corps incomplet », le « Tigre endormi », ou le « Chat, sans oreilles » : celui à la patte droite levée signifie la chance. Le Chat, animal très populaire au Japon, invite à s’approcher.

Faisant face aux animaux en verre dans l’exposition, l’artiste se sert d’une autre matière pour chercher à capter, en dépit de son effacement.
Utilisant la naphtaline servant comme insectifuge dans les armoires, le naphtalène est un solide qui se sublime à température ambiante; À basse température, sa pression de vapeur est suffisamment élevée, pour que la forme solide du naphtalène s’évapore en gaz. Fabriquée dans le moule retrouvé, l’objet créé par l’artiste est enfermé avec ce composant, de la résine et de l’air. Des cristaux scintillants viennent se déposer à l’intérieur de la boîte transparente. Même si l’objet moulé se transforme, il ne disparaît pas complètement (sauf sur un temps long) mais réapparaît sous une autre forme, comme des éclats transparents, étincelants.
Aiko Miyanaga, née dans une famille de céramistes est davantage intéressée par le processus temporel que par les objets produits. La visite du plus grand désert salé, le Salar Uyuni en Bolivie a contribué à la réflexion et au cheminement de la création de ces objets si particuliers. Le processus de formation commence par une accumulation d’eau dans un bassin. Des minéraux provenant de sédiments et des roches environnantes se concentrent dans le lac et augmentent le taux de salinité. L’évaporation excessive de l’eau crée alors un désert de sel.
Par son caractère éphémère autant qu’aléatoire, les propriétés du matériau, par exemple sa réactivité chimique, à sa surface prend une place prépondérante par rapport à son volume. La notion de travail du matériau rencontre celle s’appliquant aux œuvres artistiques, d’autant plus que la matière leur est consubstantielle. Le travail du matériau, autrement dit sa transformation par traitement physique et/ou thermique, vise à la modifier.
Dans cette quête des possibilités d’un en deçà de la matière, dans cette recherche sur les manières dont la matière change d’état, Aiko Miyanaga montre comment cette métamorphose fonde la possibilité de créer, comment la matière évolue par ses actions, aboutissant à des travestissements changeants et modifiés sur un plus ou moins long terme.
Elle désigne le passage, durable ou transitoire, d’une forme à une autre, soit qu’il représente un changement de l’apparence extérieure, qu’il rende visible, les caractères de l’essence de la matière.
L’artiste Aiko Miyanaga interroge les questions de variabilité et de l’impermanence et peut-être de la présence dans le lointain : Aussi surprenant que cela puisse paraître, le naphtalène a été identifié dans l’espace, en 2010, ce qui nourrit que rien de disparaît complètement, tout en changeant sans cesse.
JOURNALISTE
Nathalie Gallon est critique d’art, membre de l’AICA. Elle écrit des textes sur des artistes pour des plateformes, magazines en ligne et en version print et des galeries.Commissaire d’exposition indépendante, conseillère artistique et co-éditeur de Beaux-Livres.
L’exposition « Éphémérides coréennes », dont elle est la commissaire et la productrice, a été labellisée dans le cadre de l’année croisée France/Corée en 2015. De 2010 à 2012, elle a été déléguée générale de la Fondation Carmignac et a dirigé le prix international de photographie depuis sa création en 2009, pendant six ans. Elle conçoit des projets artistiques.
INFORMATIONS PRATIQUES
Aiko Miyanaga
Galerie Le Clézio
157 Rue du Faubourg St Honoré
75008 Paris
Jusqu'au 6 avril 2025
https://www.lecleziogallery.com/fr/