Son arrière-grand-père, né dans une prestigieuse famille de samouraïs, a découvert la céramique à l’Exposition universelle de 1900, à Paris. Au point d’engendrer une dynastie d’artisans dont elle est la digne héritière, comme le racontent ses sculptures de verre et de naphtaline exposées à la Le Clézio Gallery.
Kyoto comme partout sur la planète, la période du confinement restera un moment suspendu, qui a fait bifurquer nombre d’existences. Pour Aiko Miyanaga, ce fut une révélation. Cantonnée dans l’ambiance monacale de l’atelier familial du quartier de Fushimi, cette artiste céramiste japonaise a fini par ouvrir une à une les caisses de pommes entreposées en hauteur, auxquelles personne n’avait osé toucher depuis plus d’un siècle. Elle tombe alors sur une étrange série de moules en plâtre provenant de la manufacture de Sèvres. "Tigre endormi, queue", "chat, sans oreilles"… les formules en français lui résistent, mais éclairent d’un jour nouveau l’histoire de son arrière-grand-père. "Comme une montagne de trésors qui me permettent de rencontrer le passé", dit-elle dans son japonais délicat.
En 1900, Tozan Miyanaga, fils de bonne famille, a été envoyé à l’Exposition universelle de 1900, à Paris, pour superviser le pavillon du Japon. Il y découvre l’œuvre de son compatriote Numata Ichiga, qui a étudié et travaillé à la manufacture de Sèvres. La fusion de l’esthétique japonaise et de la technique française agit sur Tozan Miyanaga comme un révélateur. Au point de décider de sa vocation de céramiste, lui qui deviendra même fournisseur de la famille impériale, avant d’engendrer une véritable dynastie d’artistes, dont Aiko incarne la quatrième génération. Au Japon, elle est connue pour ses sculptures en naphtaline, réalisées selon une technique gardée secrète. On saura juste que ce dérivé de pétrole se liquéfie à 80,4 degrés. "L’idée m’est venue en rangeant les vêtements d’hiver, j’ai constaté que les sachets de naphtaline étaient vides. La matière n’avait pas disparu, mais s’était évaporée. Quand on y songe, toutes les sculptures évoluent dans le temps", explique-t-elle. Présentées dans des boîtes en verre hermétiques, les œuvres se décomposent très lentement en produisant des cristaux comme des flocons de neige. Rien n’est contrôlé, à part la poésie qui émane de la reproduction d’un réveil ancien ou d’une paire de vieilles chaussures, métaphore de l’usure du temps.
Exhumer les moules incomplets conservés par son aïeul a déclenché chez Aiko une nouvelle série d’œuvres composée de fragments d’animaux en verre d’après les moules retrouvés dans les caisses de pommes. "J’y vois la rencontre de trois temporalités : celle de la forme centenaire, celle de l’air emprisonné dans les bulles qui se forment en coulant le verre, et celle de la date que j’inscris à l’intérieur de chaque pièce", précise-t-elle depuis la LeClézio Gallery, qui présente son travail aux Parisiens. "Nous avons l’ambition de leur faire découvrir des artistes profonds, peu ou pas encore exposés en France", témoigne Antoine Le Clézio, à la tête de ce nouvel espace ouvert avec son épouse Yan, dans le 8e arrondissement. Cette quête de mémoire et de lumière est de bon augure.
INFORMATIONS PRATIQUES
Aiko Miyanaga
Le Clézio Gallery
157 Rue du Faubourg St Honoré
75008 Paris
Jusqu'au 6 avril 2025
https://www.lecleziogallery.com/fr/